Interview de Sylvain Janier-Dubry, directeur du BACO Badminton

Alex Lanier, Delphine Delrue et Thomas Gicquel sont champions du monde de badminton. En quoi est-ce exceptionnel ?
Il faut remonter 10 ans en arrière et réaliser qu'à cette époque, nous avions du mal à performer, voire même à passer les premiers tours dans les grandes rendez-vous internationaux. Aujourd'hui le bad a des champions du monde, 5 athlètes dans le top 15 mondial.
Et ceci est d'autant plus exceptionnel que le niveau du badminton mondial est de plus en plus élevé, de plus en plus concurrentiel avec beaucoup plus de pays asiatiques qui performent.
Qu’est-ce qui a fait leur force pendant ce championnat ?
C'est très dur en double et peut-être encore plus en mixte (discipline très tactique) de maintenir une consistance sur tous les plans. C'est parfois ce qui fait défaut à Thomas et Delphine. Là, ils étaient à 100% dans tous les domaines. Du grand art !!
Quant à Alex, malgré son jeune âge, il a une énorme maturité. Il a très bien géré l'événement et je pense que de gagner son quart de finale contre le numéro 2 mondial Vitidsarn en étant mené 1 set à 0 et 3/11 dans le deuxième set, lui a donné un max de confiance pour la suite : sur les matchs suivants, il était injouable !
Leur performance est-elle de bon augure pour les prochains Jeux Olympiques ?
Bien sûr, mais c'est toujours plus dur de confirmer. Les mondiaux c'est tous les ans, les JO tous les 4 ans et c'est une énorme différence. Tout le monde y arrive au top de sa préparation. Mais ce qui est bien, c'est que la France a plusieurs cartouches avec plusieurs joueurs ou paires qui peuvent prétendre aux médailles.
As-tu déjà croisé la route de ces trois champions ?
Oui et je les ai même côtoyés quand ils étaient très jeunes, en stage et en compétition. Thom et Delphine sont de la même génération que Koceila Mammeri, Margot Lambert ou encore Joanna Chaube qui ont été au BACO. Alex, c'est la même génération que Axel Bastide, donc je l'ai également souvent croisé quand j’accompagnais Axel sur les compétitions.
Ce sont tous les trois vraiment de bonnes personnes. Et pour l'anecdote, j'ai mangé avec Thomas et Delphine en Chine en juillet, 3 semaines avant leur sacre.
Peut-on dire qu’on « nait champion » ou qu’on le devient ?
Grosse question ça !!! Je ne suis pas gâté 🙂
Ce dont je suis sûr, c'est qu'être un champion ou une championne n'est pas donné à tout le monde. Il faut être une personne hors du commun surtout dans un sport aussi concurrentiel que le badminton. Il y a des qualités qui se développent mais il faut avoir des aptitudes au départ.
Comment accompagner les enfants et jeunes joueurs dans leur trajet pour le haut niveau ?
Accompagner, c'est le mot ! Parfois donner la main, parfois pousser, parfois taper du poing, parfois lâcher du lest...mais dans tous les cas, je crois qu'il il faut prendre en compte chaque individu selon ses capacités, ses motivations, ses aptitudes. Je l'ai dit : le haut niveau, ce n'est pas pour tout le monde. Je ne pense pas que l'on puisse « construire » un athlète comme on construit un programme informatique, en tout cas pas en France... L'idée, c'est d'aller toucher les limites de ce qu'il peut faire ou surtout de ce qu'il veut faire car le leader, ça sera toujours le joueur.
Par-dessus tout, le carburant essentiel c'est l'envie, la passion.
